L'appartement 22

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L’appartement 22,
279 avenue Mohamed V,
MA-10000 Rabat,
T +212663598288,
Ici-même, en temps réel. Par Jean-Marc Adolphe

jeudi 10 février 2005

[English] [français]

Que se passe-t-il ?

Rabat, 11 février 2005. Cinquième jour du « séminaire »*(1) proposé par Jean-Paul Thibeau et Abdellah Karroum, co-organisé par l’Institut Français et l’Appartement 22. Cela se cherche, encore. Autour d’une table et dans la ville. Un petit groupe d’artistes marocains, ou vivant ici, faisant l’expérience de chercher ensemble, hors du chacun pour soi, une forme de…

Les lettres du mot ART sont contenues dans le nom de RABAT, mais dans le désordre et à l’insu. Venu du dehors, et pour la première fois, le voyageur tente d’en saisir quelques bribes. Ne regarde guère les monuments, tente d’observer les gens, de chercher des visages, de se laisser aller au récit des corps. Et d’abord l’impressionne la présence policière, marque dissuasive d’une société de contrôle. Croise une manifestation d’aveugles. Assiste chaque jour au rassemblement des « diplômés-chômeurs », que les forces de l’ordre dispersent sans ménagement aux abords du Parlement. Chorégraphie sans cesse recommencée du mécontentement qui tente d’empiéter l’agencement proprement rectiligne de l’avenue Mohamed V. Traversée de la médina, de ses échoppes bigarrées où l’artisanat (tissus, tapis, babouches, meubles…) côtoie la babiole inutile et le multimédia piraté. La misère et le commerce. Entre le musée et l’installation d’art contemporain. Quartier des Oudayas. Ruelles encadrées de façades blanches et bleues, architecture et paysage, où le vent s’engouffre plus sûrement que la modernité. Sans doute. Pourrait se dire le touriste, venant chercher ici le dépaysement, la confirmation d’un monde immuable, où le nord est au nord et le sud au sud, la richesse chez les riches et la misère aux misérables. Et chacun pour soi.

Alors, ce séminaire « d’artistes », un pas de côté. Pour rien. Des regards, des paroles, des gestes : trois fois rien. Produire de la rencontre. « Se voir dans l’autre », dit Batoul S’himi, femme et artiste, dont la dernière exposition, L’Absence, n’a pas eu lieu. Des images sont là, flottantes. « Le territoire du hors-soi n’est jamais vide », avance Jean-Paul Thibeau. Aveuglément, mais sans s’aveugler, écrire avec toutes sortes de matières, tâtonner dans l’art d’assembler, de coller, suggère Youssef Amine Elalamy, écrivain qui s’amuse aujourd’hui de ce qu’on ait pu dire de son premier livre que ce n’était « pas de la littérature ». Apprendre à faire avec, c’est-à-dire souvent sans. Le séminaire de Rabat se transporte dans la médina. Il est prévu d’inviter le « public » en fin de semaine à la maison M’rini, superbe bâtisse d’un temps révolu, écrin vide entièrement tapissé de carreaux et mosaïques, flanqué de salons-alcôves donnant sur un patio à ciel ouvert. Quelques objets trouvés en chemin, un petit fanion marocain, un foulard-hidjab au motif coloré, un tapis rouge usé et troué, fournissent déjà les indices de possibles compositions. On improvise des portraits, on cherche à apprivoiser l’espace. On doit y retourner le lendemain, pour continuer l’exploration. Mais demain sera férié, et l’autorisation officielle pour utiliser le lieu et y accueillir des gens n’est pas arrivée. Le chemin continue. Entre ce qui pourrait être interdit et ce qui n’est pas autorisé, chercher la faille. Et s’autoriser ce jeu, justement.

Jeu de pistes. Faire et défaire. Ne rien faire et refaire. Enlever, prélever, échanger, aller au hasard. Comment donner à voir ce qui est déjà là et pourtant quasi invisible ? A l’entrée de la médina, s’attarder dans la proximité des écrivains publics qui semblent tuer le temps devant des machines à écrire sans âge. Entrer dans le ventre d’un cinéma (Le Mauritania) où les images délavées d’un film indien ne chassent pas les chats errants et l’odeur de pisse qui va avec. A Casablanca, Maria Karim a réalisé un documentaire sur un cinéma populaire qui a été rasé et dont le terrain vacant est aujourd’hui devenu une décharge publique. Projeter ces images d’un cinéma qui fut (et que l’on ne voit donc plus) dans un cinéma qui est encore, survivant tant bien que mal à ce qui a dû être une « heure de gloire », c’est déplacer le temps de l’histoire, décaler le lieu du regard, faire intrusion dans un espace où « l’art » n’était pas prévu, et que « l’art » n’avait pas prévu.

C’est cela qui se passe, ici, à Rabat, dans l’imprévu d’un séminaire qui part à la rencontre de… Aujourd’hui, 11 février, une invitation est adressée (par SMS, bouche à oreille et rencontres de fortune) à qui voudra bien rejoindre ce parcours, les yeux fermés, c’est-à-dire sans présupposé. Depuis l’Appartement 22, studio au centre-ville de Rabat, affecté par Abdellah Karroum à des rencontres artistiques, et jusqu’à l’atelier d’Imad Mansour, un artiste irakien qui a posé son rire gourmand à Rabat, rendez-vous est lancé. Que va t-il se passer ? On ne sait pas.

Au fait, Rabat était une ville de pirates, dit-on avec une certaine fierté.

J-M. A.*(2) Rabat, 11 février 2005.

*(1) Rendez-vous, les yeux fermés Dans le cadre de l’Atelier-Séminaire autour de l’esthétique de l’existence et ses malentendus, Co-organisé par L’Institut Français de Rabat et L’appartement 22, du 07 au 13 février 2005. Session d’expérimentation proposée comme une école d’art, temporaire, avec : Jean-Marc Adolphe, Nawal Ameur, Nesrine Cherkaoui, Hassan Darsi, Youssouf Amine Elalamy, Amal Hadrami, Maria Karim, Abdellah Karroum, Imad Mansour, Myriam Minindou, Rencontre Service, Batoul S’himi, Pascal Sémur, Adil Semmar, Jean-Paul Thibeau… et on-line www.synesthesie.com Les participants invitent le public à venir avec un objet ! le vendredi 11 février 2005 de 17h à 22h. Programme du 11 février 2005 ///// … au bord du je-ne-sais-quoi ! /////
- 18h30 à L’appartement 22, 279 avenue Mohamed V, Rabat. T 063 59 82 88
- 19h30 au cinéma Mauritania, dans la médina de Rabat (près du marché central)
- 21h00 à l’Atelier d’Imad Mansour, 55 rue Oukaïmeden, Agdal, Rabat. T 061 25 06 40 Informations par téléphone au +212 (0) 63 59 82 88 www.hors-champs.net ; www.synesthesie.com

*(2) Né en 1958, Jean-Marc Adolphe a d’abord été journaliste avant de se spécialiser dans la critique de danse et de théâtre, l’analyse des politiques culturelles... Il a fondé en 1995 les Editions du Mouvement, et est aujourd’hui rédacteur en chef de "Mouvement", revue indisciplinaire. Il a, parallèlement, exercé des fonctions de conseil et de direction artistique pour des festivals et des théâtres (dont le Théâtre de la Bastille, à Paris, de 1994 à 2001). Observateur aigu des esthétiques à l’oeuvre dans la création contemporaine, il s’attache en outre à faire saillir des liens entre art et politique. Il est l’auteur de "Crise de la représentation" (Editions de l’Entretemps, 2003), et de nombreux textes et articles en revues, dont certains sont accessibles sur le site www.mouvement.net