L'appartement 22

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L’appartement 22,
279 avenue Mohamed V,
MA-10000 Rabat,
T +212663598288,
Des rhizomes et des rêves. Par Sandrine Wymann

jeudi 15 mars 2007

Des rhizomes et des rêves . Texte de Sandrine Wymann à propos des oeuvre de Chourouk Hriech*

On voudrait ne pas s’attacher à l’origine de l’artiste, ne pas tomber dans les raccourcis faciles et éviter la question des origines, de l’appartenance, des racines. On voudrait ne voir que le travail et le replacer dans un contexte de création, de développement artistique, de création actuelle ; ne pas immédiatement penser à la marocanité de Chourouk Hriech, à sa place d’enfant d’immigré, de « nouvelle Française ». On voudrait ne pas se poser de questions relatives à son statut d’entre deux ; deux pays, deux cultures, deux langues, deux histoires. Et malgré tout, insidieusement et dans le désordre, ces questions nous titillent. On se les pose non pas à la manière d’une problématique mais parce que l’artiste nous montre des oeuvres qui reflètent une distance propre à cette situation, parce que Chourouk Hriech avance ici à part égale, de manière ostensible, sans jamais insister, ses deux cultures, comme le simple fruit d’un riche et double héritage . On se les pose le temps de comprendre que Chourouk Hriech vit très bien sa double culture. Elle est dans son monde à elle dans un entre deux qui lui offre un certain confort et qu’elle revendique comme tel. Prendre du recul apparaît comme une évidence chez elle et c’est l’état qu’elle cherche à partager. Elle invite à une sorte de lévitation, une suspension, à regarder d’un côté et de l’autre, à se pencher sur une histoire, à imaginer un présent. A regarder non pas dans une direction mais à s’offrir toute les possiblités de regard que donne l’espace tridimensionnel. Elle observe d’en haut, et c’est un monde riche d’expériences, de proximités, de mariages qu’elle voit. C’est de ce monde qu’il est question dans ses dessins. Pas de point de vue unique dans son imaginaire. Elle est au-dessus, toujours entre deux possibilités, deux événements ; deux énérgies. Ses dessins ont horreur du vide, ils nous conduisent d’une idée à une autre, d’un geste à l’autre et chaque représentation nous mène à une nouvelle histoire qui pourrait se répèter mais qui nous perd en réalité, tellement la richesse de narration est grande dans chacune des compositions. Chourouk Hriech nous dit des choses, elle manipule son langage avec beaucoup de précision et non sans intention. Les éléments de son vocabulaire, que l’on peut trouver assez répétitif , ne se jouxtent pas par hasard. Chaque dessin est une histoire et l’artiste la revendique. Mais Chourouk Hriech ne l’impose pas . « L’oeuvre doit être fertile » dit-elle. Un référence à Jérôme Bosch ne lui déplait pas, dans ce que ses oeuvres ont d’intemporel parce que source de lectures multiples et chaque fois renouvelables et actuelles. Les tiroirs de lectures, les possibilités de fabulation que présentent ses oeuvres permettent de multiplier les regards et pourquoi pas de traverser les temps. La notion d’espace est importantante chez Chourouk Hriech, elle s’oppose à un ancrage, pour laisser la part belle au mouvement. Dans un dessin de Chourouk Hriech, l’artiste et le lecteur sont libres de leurs mouvements. Il suffit de se placer sur un point, un motif puis de les enchaîner au fil de ses pensées qui elles-mêmes sont libres de se perdre dans des abîmes qui ne sont pas reproduits mais tellement suggérés par la force du trait ou le jeu des noirs et blancs. Une composition de Chourouk Hriech ne se contente pas d’une juxtaposition d’un alphabet imagé qu’elle développe au fil de ses recherches. Elle est aussi le résultat d’un travail sur la couleur qui apporte des humeurs et des ambiances bien particiulières à chacun des dessins. Chourouk Hriech introduit la photographie dans son travail pour ce qu’elle a de plus graphique. Elle tente de s’en servir comme élément essayant de figer l’instant mais l’utilisation qu’elle en fait ne laisse pas ce temps à l’image fixe. Sa définition de la photographie : « peindre avec la lumière ». Elle utilise la photographie numérique et ses pixels. Elle transforme l’image en traits et points et la supperpose à ses propres dessin. L’effet graphique est alors emplifié et enrichi de tonalités colorées qui exacerbent une intention, voire un sens de lecture. Dans l’exposition présentée à l’Appartement 22, la photo est présente dans certaines compositions comme un principe de couleur, traitée selon un « mode RVB ». Mais les couleurs sont prises dans leur singularité, elles ne s’ajoutent pas les unes aux autres, ni ne se côtoient sur une même oeuvre. Les couleur sont là à l’état brut, il revient au lecteur de les enrichir des propriétés qui leur sont connues. A son tour, la couleur devient un vocabulaire qu’il est possible de prendre tel quel, de conjuguer, de mélanger en passant d’une oeuvre à l’autre. Et ce faisant, d’autres histoires encore surgissent. « L’oeuvre demeure vivante dans son contexte et hors de son contexte. Je veux mes pièces autonomes et libres. » Ceci s’applique au moindre détail comme à l’ensemble de l’exposition. A n’importe quel moment nous, spectateurs, sommes amenés à nous perdre. Le temps n’a plus de sens face à ses dessins et l’on se prend à se laisser aller de rêveries en digressions.

Sandrine wymann

* « Bendir, l’eau à la bouche » de Chourouk Hriech du 9 mars au 11 avril 2007 à L’appartement 22, 279 avenue Mohamed V Rabat viste sur rendez-vous +212 (0) 663 59 82 88 ou abdellah@appartement22.com